Programme de la conférence
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Vue d’ensemble des sessions |
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SES-A: Méthodologie, discussions théoriques et retours d'expériences
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Quelle désirabilité pour la low-tech ? Conceptions théoriques et appliquées 1Association Fablab La Chaux-de-Fonds, Suisse; 2Université de Neuchâtel - Institut de sociologie Des transformations profondes des modes de production et de consommation sont nécessaires afin de limiter les risques environnementaux. Cependant, la consommation globale per capita, y compris la « consommation intérieure de matières », continue d’augmenter. Une transition vers des systèmes plus sobres se heurte aux mesures « technosolutionnistes » qui prennent comme point de départ la (haute-)technologie afin de diminuer l’impact environnemental en se focalisant principalement sur l’efficience (efficiency) sans considérer les « effets rebond » et l’utilisation massive de matériaux (Greene et al., 2025). De leur côté, les solutions basées sur la sobriété (sufficiency) sont associées au renoncement ou la contrainte. Dans ce contexte, la low-tech ne se limite pas à une réduction du niveau technologique des objets : elle invite à reconfigurer notre rapport à la technique en interrogeant les besoins, les usages et les imaginaires qui orientent les choix sociotechniques. Ainsi, la notion de désirabilité apparaît comme une condition sine qua non de déploiement des approches low-tech. Nous formulons l’hypothèse que la désirabilité low-tech ne repose pas uniquement sur une réduction de l’impact environnemental, mais aussi sur sa capacité à s’inscrire dans des régimes de sens positifs tels que l’autonomie, l’appropriation ou la résilience. Cette contribution mobilise trois champs complémentaires : 1) les études des imaginaires sociotechniques qui montrent que les trajectoires technologiques sont structurées par des visions collectives du futur (e.g., Benner, 2025 ; Jasanoff, 2015) ; 2) les travaux sur la sobriété qui déplacent l’attention de l’efficience vers les usages (e.g., Min & Zimm, 2026) ; et 3) le « design pour la transition » qui interroge les conditions culturelles et symboliques d’acceptabilité des transformations techniques (e.g., Irwin, 2015). Concrètement, notre analyse se focalise sur la manière dont la désirabilité est théorisée et mise en pratique par différents acteurs du mouvement low-tech. Notre question est la suivante : comment la désirabilité est-elle intégrée au sein du mouvement low-tech ? En reposant sur une revue compréhensive de la littérature concernant les liens entre technologie, imaginaires et acceptabilité sociale de la sobriété (e.g., Greene, 2013, 2018), notre analyse qualitative combine des données « documentaires » d’acteurs qui s’identifient au mouvement low-tech (sites Internet, vidéos, livres, projets territoriaux, etc.) ainsi qu’une étude de cas : le premier Low-Tech Festival en Suisse, tenu en 2025. Cet événement, initié par le FabLab de La Chaux-de-Fonds, constitue une expérimentation collective de mise en débat et en pratique de solutions low-tech auprès de publics variés. L’étude de cas s’appuie sur l’organisation, le déroulement, les retours, ainsi que sur les effets du festival comme la création d’un réseau low-tech romand. Cette approche permet d’examiner les conceptions théoriques et appliquées de la sobriété afin qu’elle devienne socialement attractive. Elle montre que la low-tech ne devient opérante qu’à condition d’être intégrée dans des récits, des expériences collectives et des dispositifs relationnels capables de transformer la sobriété en opportunité plutôt qu’en contrainte. En articulant réflexion théorique et retour d’expérience situé, cette contribution vise à éclairer les conditions de conception de systèmes techniques alignés avec des besoins collectivement définis tout en respectant les limites planétaires. Concevoir depuis le bas dans des systèmes qui fonctionnent par le haut : leçons anthropotechnologiques du projet GlobalDiagnostiX / Pristem Université de Genève, Suisse Contexte et question centrale Au milieu des années 2010, le projet GlobalDiagnostiX réunissait plus de trente chercheurs, ingénieurs et cliniciens autour d’un pari : concevoir un appareil radiologique numérique robuste et abordable depuis les contraintes réelles du terrain. L’ambition était résolument bottom-up : partir des usages réels pour remonter vers la conception, sans opposer high-tech et low-tech, mais en laissant le contexte dicter les exigences du produit. Ce projet a abouti au Cristalix-T1, commercialisé par Pristem, déployé en Afrique subsaharienne. Cette contribution présente une rétrospective critique de cette démarche et pose la question : que se passe-t-il lorsqu’un projet bottom-up doit s’insérer dans un écosystème structurellement top-down ? Cadre théorique L’analyse s’ancre dans l’anthropotechnologie (Wisner, 1995 ; Daniellou, 2004), qui étudie le transfert technologique en intégrant les dimensions ergonomiques, sociales et institutionnelles des contextes d’usage. Elle mobilise le concept d’économies morales (Fassin, 2009) pour analyser les logiques d’évitement du risque, et la théorie de l’acteur-réseau (Latour & Callon) pour lire les jeux d’alliance qui conditionnent l’adoption d’une innovation. Méthodologie La démarche repose sur une ethnographie conduite en deux phases. La principale s’est déroulée au Cameroun (2015–2017), d’abord au Laboratoire EDANA de la HE-Arc, puis à la Fondation Essentialmed : plusieurs mois d’observation participante combinés à des entretiens semi-directifs auprès d’une diversité d’acteurs du système de santé — soignants, techniciens, administrateurs, bailleurs et revendeurs. Une mission complémentaire au Mali (août 2019, projet BAD) a élargi le terrain. L’ensemble a été complété par une recherche-action sur la conception : feedback structuré sur l’interface et le design système du GlobalDiagnostiX, formalisé en recommandations transmises à l’équipe d’ingénierie. Principaux résultats : trois impensés institutionnels Les acquisitions comme produit de la diplomatie. La quasi-totalité des équipements médicaux arrivent via la coopération bilatérale dans des packages où le bailleur choisit l’appareil, non l’hôpital : le marché de l’imagerie est un champ diplomatique où les besoins des utilisateurs pèsent peu. La maintenance comme question de pouvoir. Des ingénieurs locaux compétents s’abstenaient de réparer les machines non par incapacité, mais pour éviter une responsabilité liée aux contrats de maintenance externalisés : évitement de risque rationnel que l’ingénierie lisait à tort comme déficit de compétences. La privatisation comme défi au modèle d'équité. En 2015, moins de 40 % des appareils fonctionnaient dans les hôpitaux publics de district, pendant que le secteur privé s’étendait. Comment positionner un produit conçu pour le service public dans un marché qui se privatise ? Discussion et questions ouvertes Dix ans après, le Cristalix-T1 intègre des principes issus du terrain : interface guidée, robustesse, téléradiologie. Mais les tensions restent entières : l’industrialisation préserve-t-elle les arbitrages du terrain ? Et au-delà du produit, quels leviers — formation, modèles économiques, gouvernance locale, plaidoyer auprès des bailleurs — permettent une appropriation réelle ? Cette contribution espère amorcer ce dialogue avec les acteurs qui ont poursuivi le projet. Transformer les imaginaires industriels : le design fiction comme levier de transformation culturelle Haute Ecole Arc, FabLab, Suisse Dans un contexte où les entreprises industrielles sont confrontées à des injonctions contradictoires — innover, croître, mais aussi sobriété, résilience, durabilité — la question des imaginaires techniques occupe une place centrale. Ces imaginaires, souvent hérités de représentations culturelles dominantes (cinéma, marketing technologique, culture du progrès continu), conditionnent profondément la manière dont les acteurs industriels conçoivent leurs produits et leurs futurs possibles. Comment engager une transformation culturelle au sein d'une organisation, sans imposer de vision extérieure, mais en mobilisant les acteurs eux-mêmes comme co-producteurs d'un nouveau regard sur leur métier ? Pour explorer cette question, une collaboration a été engagée avec Ascenseurs Menétrey S.A., PME suisse spécialisée dans la conception, l'installation et la maintenance d'ascenseurs. Le dispositif mobilisé : un atelier de design fiction (Minvielle & Wathelet, 2016) dont cette communication propose un retour d'expérience critique. Inscrite dans une démarche de recherche-action collaborative (Rullac, 2018), cette expérimentation a mobilisé le design fiction non pas comme outil de prospective technologique, mais comme dispositif de déstabilisation des imaginaires institués et de réactivation du pouvoir d'agir collectif. L'atelier s'est articulé en trois temps. Une phase ethnographique initiale a permis d'appréhender le fonctionnement interne de l'entreprise et les représentations que ses acteurs — ouvriers, techniciens, ingénieurs, direction — nourrissent à l'égard de leur produit central. Cette immersion a révélé un imaginaire largement structuré par des références culturelles exogènes : l'ascenseur du futur fantasmé est un objet téléporté d'un film de science-fiction — multi-directionnel, autonome, hyper-connecté. Un premier atelier « hors les murs » a ensuite été organisé au sein d'un FabLab, mobilisé comme tiers-lieu (Oldenburg, 1989) propice à la suspension des hiérarchies et à l'expérimentation collective. Projetés en 2040, les participants ont été invités à habiter un monde fictionnel soumis à de fortes contraintes écologiques et sociales — rendues tangibles par la théorie du Donut (Kate Raworth). C'est dans cet espace contraint que la démarche low-tech a émergé, non comme posture idéologique imposée, mais comme réponse pragmatique et située à des ressources devenues rares. En se plongeant dans les « archives de 2025 », les participants ont également réexaminé la stratégie énergétique suisse, mesurant l'écart entre engagements politiques affichés et transformations concrètes qu'ils impliquent. Un troisième temps, organisé au sein de l'entreprise, a permis de traduire ces expériences fictionnelles en pistes d'action situées. C'est là que la transformation des imaginaires est devenue tangible : là où l'atelier avait débuté sur l'image d'un ascenseur hyper-technologique, il s'est conclu sur une hypothèse radicalement différente — et pourtant fondée sur une expertise technique approfondie : un ascenseur dans lequel l'électronique est réduit au strict minimum. Plus sobre, plus robuste, plus réparable. Ce retournement illustre comment le design fiction, articulé à des méthodes ethnographiques et à des espaces de médiation tiers, peut opérer comme levier de transformation culturelle : non pas en imposant un modèle de sobriété, mais en aidant les organisations à réinventer leur propre rapport à la technique, à partir de leurs savoirs et de leur histoire. | ||

